« 30 décembre 1848 » [source : BnF, Mss, NAF 16366, f. 388-389], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5054, page consultée le 10 mai 2026.
30 décembre [1848],samedi matin, 8 h. ½
Bonjour, mon ineffable bien-aimé, bonjour, le plus doux et le généreux des hommes,
bonjour, le plus grand et le plus sublime génie, bonjour, le plus beau des anges,
bonjour, je baise ton divin front et tes chers petits pieds.
J’ai un peu mieux
dormi cette nuit grâce à la bonté si tendre et si calme que tu m’as montrée hier.
Ta
généreuse noble nature ne se dément jamais. Tu as beau être en proie à toutes les
calamités publiques ou privées qui rendent les hommes méchants et égoïstes, tu n’en
es
que plus bienveillant et plus admirablement doux et charmant.
Sois béni, mon
adoré sur la terre et dans le ciel et que ma reconnaissance, mon amour et mon
adoration se fondent en joies et en bonheursa de toutes sortes pour toi et pour ta chère famille.
J’ai
fait hier au soir le petit travail de défalcation d’une part de ton lit et du mien,
et
l’addition des journées d’Eulalie, tout cela
joint aux 821 francs du précédent déménagement donne un
total de 836 francs. Il resterait encore 104 francs
d’amplification mais il y a une pièce de plus tendue. Et en regardant avec attention
le dernier mémoire de Jourdain, je ne trouve
en double emploi et en façons exagéréesb que 83 francs. Je t’expliquerai cela
mieux de vive voix et puis je joins ici la chose écrite afin que tu voies par
toi-même.
Mais ce que tu ne verras pas, ce que je ne peux pas te montrer, c’est
mon cœur plein d’amour, c’est mon âme toute resplendissante d’adoration, c’est que
je
voudrais vivre et mourir pour ton service. Mon Victor, mon Victor, je t’aime, je
t’aime, je t’aime.
Juliette
a « bonheur ».
b « façons exagérés ».
« 30 décembre 1848 » [source : BnF, Mss, NAF 16366, f. 390-391], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5054, page consultée le 10 mai 2026.
30 décembre [1848],samedi midi
Je suis prête, mon bien-aimé, si tu viens tout de suite je pourrai en te quittant
aller à Saint-Mandé1. J’aimerais mieux y aller
aujourd’hui dans l’après-midi que demain matin à cause du dimanche et que je
désirerais voir M. le curé. Cependant ça n’est pas probable à moins que tu n’aies
affairede bonne heure à l’Assemblée et puis le temps n’est rien moins qu’engageant.
Enfin je suis prête et je t’aime à plein cœur. Tu viendras quand tu pourras, le plus
tôt sera le plus béni.
Tu sais que j’ai fait ce travail de comparaison entre les
deux anciens mémoires de Jourdain et le
nouveau, et que je ne trouve que 83 francsà déduire dont 30 francs de double emploi.
Je ne sais pas s’il consentira à une grande réduction. J’en doute en voyant le
résultat de mes recherches. Cependant il est bon que tu me donnes ton mémoire. Tu
sais
que je ferai tous mes efforts pour arriver à une diminution significative. C’est pour
cela qu’il est bon que tu me donnes ton mémoire à comparer. Mais ce qui rend le mien
si lourd, c’est la façon entière de mon lit et des 8 rideaux
du salon et de la salle à manger, plus les fournitures indispensables. Puis il me
semble que tes ouvrières ne sont pas comprises dans ce mémoire ni les fournitures
de
mercerie, par conséquent, ni les fournitures de clous, de pattes, de vis, de gonds
etc., puisque je crois me rappeler que tu payais tout au fur et à mesure. Tout cela
s’ajouterait en plus à mon mémoire plus une centaine de francs pour toi. J’insiste
sur
tous ces détails pour que nous sachions bien à quoi nous en tenir l’un et l’autre
sur
les prétentions de Jourdain et surtout pour diminuer d’autant ton fardeau. Mon adoré,
je t’aime plus que [illis.].
1 La fille de Juliette Drouet, Claire Pradier, est enterrée au cimetière de Saint-Mandé depuis le mois de juillet 1846.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo est élu à l’Assemblée Constituante ; d’abord effrayée par la Révolution, elle porte secours à des victimes de la répression, et déménage cité Rodier.
- FévrierRévolution de Février : Hugo soutient d’abord la cause d’une régence ; refuse la mairie, et le poste de ministre de l’Instruction Publique proposé par Lamartine.
- 4 juinHugo est élu au scrutin complémentaire à l’Assemblée Constituante.
- 24 juinHugo fait partie des 60 commissaires nommés par la Constituante pour rétablir l’ordre.
- 1er juilletLa famille Hugo quitte la place des Vosges pour la rue de l’Isly.
- 11 septembreDiscours de Hugo pour la liberté de la presse.
- 15 septembreDiscours de Hugo contre la peine de mort.
- 15 octobreLa famille Hugo quitte la rue de l’Isly pour la rue de la Tour d’Auvergne.
- NovembreElle s’installe cité Rodier.
- 27 décembreMort de sa nièce Marie-Louise Koch.
